En clair
Un antivirus, c'est le vigile à l'entrée : il reconnaît les fauteurs de troubles déjà connus et les refoule. Utile, mais insuffisant à lui seul : il faut aussi des serrures solides (mises à jour, mots de passe, pare-feu) et, de temps en temps, un inspecteur qui fait le tour du bâtiment pour signaler les fenêtres mal fermées. Sous Windows et macOS, le vigile est déjà fourni avec le système. Sous Linux, on ajoute surtout des inspecteurs : des outils d'audit et de contrôle d'intégrité.
1. Ce qu'il faut selon le système
| Windows | macOS | Linux (poste ou serveur) | |
|---|---|---|---|
| Antivirus intégré | Microsoft Defender, actif par défaut | XProtect, invisible et automatique | Aucun |
| Faut-il en ajouter un ? | Non, dans la grande majorité des cas | Non, sauf besoin particulier | Seulement dans certains cas (voir la partie 4) |
| Outil complémentaire utile | Un scanner de deuxième avis, ponctuellement | Les outils libres d'Objective-See | Lynis pour l'audit, AIDE pour l'intégrité |
| Pare-feu | Pare-feu Windows Defender, actif | Pare-feu applicatif, désactivé par défaut | ufw, firewalld ou nftables, à configurer |
| Le plus important | Mises à jour, compte standard au quotidien | Mises à jour, applications signées | Mises à jour automatiques, SSH durci, services minimaux |
Un seul antivirus à la fois
Deux antivirus actifs en même temps se gênent : ralentissements, conflits, fichiers bloqués. Sous Windows, Defender se met de lui-même en retrait quand un autre antivirus est installé, et reprend la main s'il est désinstallé.
2. Windows : Microsoft Defender suffit
Microsoft Defender Antivirus est intégré à Windows 10 et 11. Il analyse les fichiers en temps réel, interroge le cloud de Microsoft pour les menaces récentes et se met à jour par Windows Update. Pour un particulier comme pour une petite structure, il offre une protection solide, sans publicité ni surconsommation.
Les réglages à vérifier
Ouvrez Sécurité Windows (menu Démarrer), puis :
| Section | Réglage | Valeur conseillée |
|---|---|---|
| Protection contre les virus et menaces | Protection en temps réel, protection fournie par le cloud, envoi automatique d'échantillons | Activés |
| Protection contre les virus et menaces | Protection contre les falsifications | Activée : empêche un logiciel malveillant de désactiver Defender |
| Protection contre les virus et menaces > Protection contre les ransomwares | Accès contrôlé aux dossiers | Activé si possible : seules les applications autorisées peuvent modifier Documents, Images, etc. Certains logiciels légitimes devront être autorisés à la main |
| Contrôle des applications et du navigateur | Protection fondée sur la réputation (SmartScreen), blocage des applications potentiellement indésirables | Activés |
| Sécurité des appareils > Isolation du noyau | Intégrité de la mémoire | Activée si aucun pilote incompatible n'est signalé |
| Pare-feu et protection du réseau | Pare-feu pour les trois profils (domaine, privé, public) | Activé |
En PowerShell
Ces commandes se lancent dans un terminal administrateur.
État de la protection :
Get-MpComputerStatus | Select-Object AMRunningMode, RealTimeProtectionEnabled, IsTamperProtected, AntivirusSignatureLastUpdated
AMRunningMode : Normal
RealTimeProtectionEnabled : True
IsTamperProtected : True
AntivirusSignatureLastUpdated : 20/10/2026 07:12:44
AMRunningMode vaut Normal quand Defender est l'antivirus actif, Passive Mode quand un autre antivirus a pris le relais.
Mettre à jour les signatures, puis lancer une analyse :
Update-MpSignature
Start-MpScan -ScanType QuickScan
Start-MpScan -ScanType FullScan
Lister les menaces détectées :
Get-MpThreatDetection
Analyse hors connexion
Certains logiciels malveillants se cachent tant que Windows fonctionne. L'analyse Microsoft Defender hors connexion redémarre la machine dans un environnement minimal pour les débusquer (Sécurité Windows > Protection contre les virus et menaces > Options d'analyse). Ou en PowerShell administrateur :
Start-MpWDOScan
Le PC redémarre immédiatement
Start-MpWDOScan redémarre la machine sans autre avertissement. Enregistrez votre travail avant. L'analyse dure une quinzaine de minutes ; le résultat apparaît ensuite dans l'historique de protection.
Un deuxième avis
En cas de doute sur une machine, un scanner à la demande, qui ne reste pas installé en permanence, peut confirmer ou compléter Defender :
| Outil | Ce que c'est |
|---|---|
| Microsoft Safety Scanner | Scanner autonome de Microsoft, valable 10 jours après le téléchargement |
| Malwarebytes | Version gratuite utilisable comme scanner à la demande ; efficace sur les logiciels publicitaires et indésirables |
| ESET Online Scanner | Scanner ponctuel, se désinstalle après usage |
Pour une machine dont vous soupçonnez qu'elle est réellement compromise, l'antivirus ne suffit plus : déconnectez-la du réseau, sauvegardez les données importantes et envisagez une réinstallation (voir réinitialiser Windows 11).
3. Les antivirus tiers bien notés
Un antivirus tiers n'est pas indispensable sous Windows, mais il peut se justifier : plusieurs appareils à protéger avec un seul outil (Windows, Mac, téléphones), contrôle parental, protection web renforcée, ou, en entreprise, une console de gestion centralisée qui permet de suivre l'état de tous les postes. Les éditeurs ci-dessous obtiennent régulièrement de bons résultats dans les tests indépendants.
| Éditeur | Pays | Windows | macOS | Linux | Points forts |
|---|---|---|---|---|---|
| Bitdefender | Roumanie | ✓ | ✓ | Entreprise | Régulièrement en tête des tests de détection, faible impact sur les performances ; édition gratuite pour Windows |
| ESET | Slovaquie | ✓ | ✓ | Entreprise | Très léger, réglages fins appréciés des administrateurs, console de gestion pour les parcs |
| G DATA | Allemagne | ✓ | ✓ | Entreprise | Moteur propre combiné à celui de Bitdefender, éditeur soumis au droit européen, engagement « pas de porte dérobée » |
| F-Secure | Finlande | ✓ | ✓ | — | Simple à utiliser, bonne protection de la navigation et des paiements ; l'offre entreprise est devenue WithSecure |
| Trend Micro | Japon | ✓ | ✓ | Entreprise | Protection web et anti-hameçonnage efficaces |
| Emsisoft | Nouvelle-Zélande | ✓ | — | — | Léger ; éditeur connu pour ses outils gratuits de déchiffrement après un rançongiciel |
| Sophos Home | Royaume-Uni | ✓ | ✓ | Entreprise | Gestion de plusieurs ordinateurs depuis une console web, même pour une famille |
« Entreprise » : protection Linux disponible uniquement dans les offres pour serveurs et parcs professionnels.
Où vérifier les résultats
Les classements évoluent d'une année sur l'autre : consultez les derniers rapports des laboratoires indépendants avant de choisir.
| Laboratoire | Ce qu'il publie |
|---|---|
| AV-TEST (Allemagne) | Notes de protection, de performance et d'ergonomie, tous les deux mois, pour Windows, macOS et Android |
| AV-Comparatives (Autriche) | Tests de protection réelle, de faux positifs et d'impact sur les performances, synthèse annuelle |
| SE Labs (Royaume-Uni) | Tests fondés sur des attaques réelles, pour particuliers et entreprises |
Pourquoi certains éditeurs connus ne sont pas listés
Kaspersky obtient de bons résultats techniques, mais l'office fédéral allemand de la sécurité informatique (BSI) a recommandé en 2022 de le remplacer, et sa vente est interdite aux États-Unis depuis 2024. Avast, propriétaire d'AVG, a été sanctionné aux États-Unis en 2024 pour avoir revendu des données de navigation de ses utilisateurs.
Les bonnes pratiques avec un antivirus tiers
- Un seul antivirus actif : désinstallez l'ancien avant d'installer le nouveau, de préférence avec l'outil de suppression fourni par l'éditeur, qui retire aussi les pilotes.
- Téléchargez-le depuis le site officiel de l'éditeur, jamais depuis un site de téléchargement ou une publicité.
- N'installez que l'antivirus : refusez les modules d'« optimisation » ou de « nettoyage » du système, inutiles et parfois envahissants.
- Si l'antivirus analyse les connexions chiffrées (HTTPS) en s'interposant, sachez qu'il peut provoquer des erreurs de certificat dans certains logiciels ; l'option se désactive en général dans ses réglages.
- En entreprise, préférez une solution avec console centralisée et alertes : un antivirus dont personne ne lit les alertes ne protège qu'à moitié.
4. macOS : les protections intégrées
macOS empile plusieurs protections, actives sans réglage :
| Protection | Rôle |
|---|---|
| XProtect | Antivirus à signatures, mis à jour automatiquement par Apple en arrière-plan |
| XProtect Remediator | Analyse régulière du système et suppression des logiciels malveillants connus |
| Gatekeeper et la notarisation | N'autorisent par défaut que les applications de l'App Store ou signées par un développeur identifié et vérifiées par Apple |
| SIP (protection de l'intégrité du système) | Empêche toute modification des fichiers du système, même par l'administrateur |
| FileVault | Chiffrement du disque : protège les données si le Mac est perdu ou volé |
| Pare-feu | Filtre les connexions entrantes ; désactivé par défaut |
Les vérifier dans le Terminal
spctl --status
csrutil status
fdesetup status
/usr/libexec/ApplicationFirewall/socketfilterfw --getglobalstate
assessments enabled
System Integrity Protection status: enabled.
FileVault is On.
Firewall is disabled. (State = 0)
Activez le pare-feu dans Réglages Système > Réseau > Coupe-feu, et FileVault dans Réglages Système > Confidentialité et sécurité s'il est désactivé. Laissez activé, dans Réglages Système > Général > Mise à jour de logiciels > Mises à jour automatiques, le réglage d'installation des réponses de sécurité et fichiers système : c'est par là que XProtect reçoit ses mises à jour.
Les compléments libres d'Objective-See
Objective-See publie des outils de sécurité libres et gratuits pour macOS, très appréciés :
| Outil | Rôle |
|---|---|
| LuLu | Pare-feu sortant : demande l'autorisation quand une application cherche à se connecter à Internet |
| KnockKnock | Liste tout ce qui se lance automatiquement au démarrage, là où se cachent les logiciels malveillants |
| BlockBlock | Alerte dès qu'un logiciel s'installe pour se lancer automatiquement |
| OverSight | Alerte quand le micro ou la caméra s'activent |
Pour une analyse ponctuelle, Malwarebytes pour Mac existe aussi en scanner à la demande gratuit.
5. Linux : pas d'antivirus par défaut, et pourquoi
Les virus pour postes Linux sont rares, pour plusieurs raisons : les logiciels viennent des dépôts signés de la distribution, l'utilisateur ne travaille pas en administrateur, et la diversité des distributions rend les attaques de masse moins rentables. Les serveurs Linux, en revanche, sont très attaqués : mots de passe SSH devinés, services exposés et pas à jour, applications web vulnérables. Contre ces attaques, un antivirus ne sert à rien ; ce qui protège, c'est le durcissement.
| Besoin | Outil | Type |
|---|---|---|
| Chercher des fichiers malveillants connus | ClamAV | Antivirus à signatures |
| Repérer les faiblesses de configuration | Lynis | Audit de sécurité |
| Détecter une modification de fichiers système | AIDE | Contrôle d'intégrité |
| Chercher des traces de rootkit | rkhunter, chkrootkit | Détecteurs de rootkits |
| Bloquer les tentatives de connexion répétées | fail2ban | Bannissement automatique |
| Appliquer les correctifs de sécurité | unattended-upgrades (Debian, Ubuntu), dnf-automatic (Fedora, RHEL, Rocky, Alma) | Mises à jour automatiques |
Quand installer ClamAV ?
| Situation | ClamAV utile ? |
|---|---|
| Serveur de fichiers (Samba, Nextcloud) utilisé par des postes Windows | Oui : il évite de stocker et de redistribuer des fichiers infectés |
| Serveur de messagerie, passerelle de courriel | Oui : analyse des pièces jointes |
| Site recevant des fichiers envoyés par les visiteurs | Oui : analyse avant traitement |
| Analyse ponctuelle d'un disque ou d'une clé USB suspects | Oui, à la demande |
| Poste de travail Linux personnel | Rarement utile |
| Serveur web ou base de données sans envoi de fichiers | Non : le durcissement compte bien plus |
6. ClamAV en pratique
ClamAV est l'antivirus libre de référence, maintenu par Cisco Talos. Il se compose de plusieurs programmes :
| Programme | Rôle |
|---|---|
freshclam |
Télécharge et met à jour la base de signatures |
clamscan |
Analyse à la demande, autonome (charge les signatures à chaque lancement : lent au démarrage) |
clamd |
Service qui garde les signatures en mémoire, pour des analyses rapides et répétées |
clamdscan |
Envoie une analyse au service clamd |
clamonacc |
Analyse à l'accès : vérifie les fichiers au moment où ils sont ouverts (s'appuie sur clamd) |
Installer et mettre à jour
Debian, Ubuntu :
sudo apt install clamav clamav-daemon
Fedora, RHEL, Rocky, Alma (dépôt EPEL nécessaire sur RHEL et dérivés) :
sudo dnf install clamav clamav-update clamd
Sous Debian et Ubuntu, le service clamav-freshclam met la base à jour automatiquement, plusieurs fois par jour. Vérifiez qu'il tourne :
systemctl status clamav-freshclam
Pour forcer une mise à jour manuelle, arrêtez d'abord le service, sinon freshclam signale que la base est verrouillée :
sudo systemctl stop clamav-freshclam
sudo freshclam
sudo systemctl start clamav-freshclam
Analyser
Analyser un dossier de façon récursive, en n'affichant que les fichiers infectés :
clamscan -r -i /home/spo
/home/spo/Téléchargements/facture.pdf.exe: Win.Trojan.Agent-1234567 FOUND
----------- SCAN SUMMARY -----------
Known viruses: 8712345
Engine version: 1.4.3
Scanned directories: 412
Scanned files: 5873
Infected files: 1
Data scanned: 2.31 GB
Time: 96.204 sec (1 m 36 s)
Les chiffres varient selon la version et votre système. Options utiles :
| Option | Effet |
|---|---|
-r |
Récursif : analyse les sous-dossiers |
-i |
N'affiche que les fichiers infectés |
--move=/var/quarantaine |
Déplace les fichiers infectés dans un dossier de quarantaine (à créer avant) |
--remove |
Supprime les fichiers infectés : à éviter, un faux positif efface un fichier sain |
--exclude-dir="^/proc" |
Exclut un dossier (expression régulière) |
-l /var/log/clamscan.log |
Écrit le résultat dans un journal |
Avec le service clamd démarré, l'analyse est bien plus rapide :
sudo systemctl enable --now clamav-daemon
clamdscan --fdpass -m /srv/partage
--fdpass permet à clamd de lire des fichiers auxquels son compte n'a pas accès ; -m répartit l'analyse sur plusieurs fils d'exécution.
ClamAV et la mémoire vive
clamd garde toute la base de signatures en mémoire : plus d'un gigaoctet. Lors du rechargement de la base après une mise à jour, il en charge temporairement une deuxième copie (option ConcurrentDatabaseReload, active par défaut). Sur une petite machine ou une VM de 2 Go, préférez clamscan lancé de façon planifiée, ou désactivez cette option dans /etc/clamav/clamd.conf, au prix d'une courte pause des analyses pendant le rechargement.
Planifier une analyse quotidienne
Créez le fichier /etc/cron.d/clamscan :
30 3 * * * root clamscan -r -i --move=/var/quarantaine -l /var/log/clamscan.log /srv/partage
L'analyse tourne chaque nuit à 3 h 30 sur le partage. Consultez /var/log/clamscan.log, ou mieux, faites remonter les détections dans votre supervision.
7. Lynis : l'audit de sécurité
Lynis passe un système Linux (ou macOS) au crible : plusieurs centaines de tests sur le démarrage, les comptes, SSH, le pare-feu, les permissions, les journaux, le noyau, les services. Il ne modifie rien : il produit un score et une liste de suggestions, que vous décidez d'appliquer ou non.
Lancer un audit
Depuis les dépôts de la distribution :
sudo apt install lynis
sudo lynis audit system
La version des dépôts est parfois ancienne. Pour la dernière version, sans rien installer :
git clone https://github.com/CISOfy/lynis
cd lynis
sudo ./lynis audit system
Lire le résultat
En fin d'audit, Lynis affiche :
Lynis security scan details:
Hardening index : 64 [############ ]
Tests performed : 268
Plugins enabled : 0
-[ Lynis 3.x.x Results ]-
Warnings (1):
----------------------------
! Found one or more vulnerable packages. [PKGS-7392]
Suggestions (34):
----------------------------
* Consider hardening SSH configuration [SSH-7408]
- Details : MaxAuthTries (6 --> 3)
| Élément | Signification |
|---|---|
| Hardening index | Score de durcissement sur 100. Ce n'est pas une note de sécurité absolue : il sert à mesurer vos progrès d'un audit à l'autre |
| Warnings | Problèmes à traiter en priorité (ici : des paquets ont des failles connues, il faut mettre à jour) |
| Suggestions | Améliorations possibles, chacune avec un identifiant de test entre crochets |
Pour comprendre une suggestion :
sudo lynis show details SSH-7408
Le rapport complet est enregistré dans /var/log/lynis.log (déroulé détaillé) et /var/log/lynis-report.dat (résultats bruts, exploitables par un script).
Ne visez pas 100
Certaines suggestions ne s'appliquent pas à votre usage (un serveur de test n'a pas besoin d'un système d'audit complet, par exemple). Traitez les avertissements, appliquez les suggestions qui ont du sens, et relancez l'audit après chaque série de changements. Pour SSH, voir sécuriser SSH.
8. Les autres outils Linux à connaître
rkhunter et chkrootkit : détecteurs de rootkits
Un rootkit est un logiciel malveillant qui se cache au cœur du système, en remplaçant des commandes ou des modules du noyau. rkhunter et chkrootkit recherchent ses traces connues.
sudo apt install rkhunter chkrootkit
sudo rkhunter --propupd
sudo rkhunter --check --sk
sudo chkrootkit
--propupd enregistre l'état actuel des fichiers système comme référence : lancez-le juste après l'installation, sur un système sain, puis après chaque mise à jour du système. --sk évite d'attendre une validation à chaque étape.
Des outils anciens, des faux positifs fréquents
rkhunter n'a plus de nouvelle version depuis 2018, et les deux outils signalent souvent des alertes sans gravité (fichiers cachés légitimes, scripts à la place de binaires). Une alerte est un point de départ pour enquêter, pas une preuve d'infection. Ils restent utiles en complément, jamais comme seule protection.
AIDE : le contrôle d'intégrité
AIDE photographie l'état des fichiers importants (empreintes, permissions, dates), puis signale tout ce qui a changé depuis. C'est la méthode la plus fiable pour détecter qu'un attaquant a modifié le système.
Debian, Ubuntu :
sudo apt install aide
sudo aideinit
sudo aide --config /etc/aide/aide.conf --check
Fedora, RHEL, Rocky, Alma :
sudo dnf install aide
sudo aide --init
sudo mv /var/lib/aide/aide.db.new.gz /var/lib/aide/aide.db.gz
sudo aide --check
L'initialisation prend plusieurs minutes. Après une mise à jour légitime du système, mettez la base à jour (aide --update), sinon chaque contrôle listera les fichiers mis à jour. Pour une vraie protection, conservez une copie de la base hors de la machine : un attaquant qui a les droits root peut aussi modifier la base locale.
Le socle à ne pas oublier
Ces mesures protègent davantage un serveur Linux que n'importe quel antivirus :
| Mesure | Commande ou fichier de départ |
|---|---|
| Mises à jour de sécurité automatiques (Debian, Ubuntu) | sudo apt install unattended-upgrades puis sudo dpkg-reconfigure unattended-upgrades |
| Mises à jour automatiques (Fedora, RHEL) | sudo dnf install dnf-automatic puis sudo systemctl enable --now dnf-automatic.timer |
| Pare-feu | sudo ufw default deny incoming, sudo ufw allow ssh, sudo ufw enable (ou firewalld) |
| SSH par clé, sans mot de passe ni connexion root | Voir sécuriser SSH |
| Bannissement des attaques répétées | sudo apt install fail2ban |
| Confinement des services | Vérifier qu'AppArmor (sudo aa-status) ou SELinux (getenforce → Enforcing) est actif |
| Services inutiles arrêtés | systemctl list-units --type=service --state=running puis sudo systemctl disable --now service |
| Ports en écoute connus | sudo ss -tulpn |
9. Les bons réflexes, quel que soit le système
- Mettez à jour le système, le navigateur et les logiciels : la plupart des attaques exploitent des failles déjà corrigées.
- Travaillez avec un compte standard, et n'utilisez le compte administrateur que pour les tâches qui l'exigent.
- Installez les logiciels depuis les sources officielles (voir le catalogue des logiciels libres).
- Utilisez un gestionnaire de mots de passe et la double authentification (voir la fiche dédiée).
- Sauvegardez : contre un rançongiciel, la sauvegarde hors ligne est la seule vraie parade (voir la règle 3-2-1).
À retenir
- Windows : Microsoft Defender suffit dans la plupart des cas ; un antivirus tiers bien noté (Bitdefender, ESET, G DATA…) se justifie pour plusieurs appareils ou une gestion centralisée. Vérifiez la protection contre les falsifications, l'accès contrôlé aux dossiers et l'intégrité de la mémoire.
- macOS : XProtect, Gatekeeper et SIP protègent déjà ; activez le pare-feu et FileVault, ajoutez LuLu si vous voulez contrôler les connexions sortantes.
- Linux : un antivirus n'est utile que dans des cas précis (fichiers partagés avec Windows, messagerie, envois de fichiers) ; ClamAV fait alors le travail.
- Lynis audite la configuration, AIDE détecte les modifications, rkhunter et chkrootkit cherchent les rootkits.
- Rien ne remplace les mises à jour, le moindre privilège et les sauvegardes.