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Les classes d'adresses IP (A, B, C, D, E) et pourquoi on parle aujourd'hui de CIDR

Comment reconnaître la classe d'une adresse IPv4, ce que chaque classe impliquait, pourquoi ce système a été abandonné en 1993 au profit du CIDR, et ce qu'il en reste aujourd'hui.

Réseau Fiche Débutant Publié le 20 octobre 2026 8 min de lecture
Chiffres binaires verts affichés sur un écran sombre
Photo : Markus Spiske sur Unsplash

Quand IPv4 a été défini en 1981 (RFC 791), les adresses étaient découpées en classes : la valeur du premier octet suffisait à savoir où s'arrêtait la partie réseau. Ce système n'est plus utilisé pour le routage depuis 1993, mais il reste partout : dans le vocabulaire (« un réseau de classe C »), dans les certifications réseau et dans les plages d'adresses privées.

Cette fiche suppose que vous savez ce qu'est un masque : voir adresse IP, masque, passerelle.

1. Les cinq classes en un tableau

Classe Premiers bits Premier octet Masque par défaut Nombre de réseaux Adresses utilisables par réseau Usage
A 0 0 à 127 255.0.0.0 (/8) 128 (dont 126 utilisables) 16 777 214 Très grands réseaux
B 10 128 à 191 255.255.0.0 (/16) 16 384 65 534 Réseaux moyens
C 110 192 à 223 255.255.255.0 (/24) 2 097 152 254 Petits réseaux
D 1110 224 à 239 aucun — — Multicast (diffusion à un groupe)
E 1111 240 à 255 aucun — — Réservée (expérimentation)

Dans la classe A, deux réseaux sont réservés : 0.0.0.0/8 (« ce réseau-ci ») et 127.0.0.0/8 (la boucle locale, voir plus bas). D'où 126 réseaux utilisables.

2. Pourquoi le premier octet suffit

La classe se lit sur les premiers bits de l'adresse. Le premier octet, en binaire, donne donc directement la classe :

Premier octet En binaire Premiers bits Classe
10 00001010 0 A
172 10101100 10 B
192 11000000 110 C
230 11100110 1110 D
245 11110101 1111 E

Les bornes du tableau de la partie 1 en découlent : tant que le premier bit vaut 0, l'octet reste sous 128 (classe A) ; avec 10 en tête, il va de 128 à 191 (classe B), et ainsi de suite.

Le nombre d'adresses utilisables suit la même logique : une classe C laisse 8 bits pour la partie hôte, soit 2⁸ = 256 adresses, moins l'adresse du réseau et l'adresse de diffusion, soit 254.

3. Pourquoi les classes ont été abandonnées

Le système avait un défaut majeur : il n'existait que trois tailles de réseau, 254, 65 534 ou 16 777 214 adresses.

Une organisation qui avait besoin de 500 adresses ne pouvait pas se contenter d'une classe C (254 adresses). Elle recevait une classe B, soit 65 534 adresses, dont plus de 65 000 restaient inutilisées. Multiplié par des milliers d'organisations, ce gaspillage a fait fondre la réserve d'adresses IPv4 au début des années 1990, tandis que les tables de routage d'internet grossissaient trop vite.

La réponse est arrivée en 1993 : le CIDR (Classless Inter-Domain Routing, routage sans classes), dont la référence actuelle est la RFC 4632.

4. Le CIDR : la frontière n'importe où

Avec le CIDR, la longueur de la partie réseau n'est plus déduite du premier octet : elle est indiquée explicitement après l'adresse, par un / suivi du nombre de bits.

Notation Masque Adresses utilisables
192.168.4.0/24 255.255.255.0 254
192.168.4.0/23 255.255.254.0 510
192.168.4.0/26 255.255.255.192 62
10.0.0.0/8 255.0.0.0 16 777 214

L'organisation qui a besoin de 500 adresses reçoit maintenant un /23 (510 adresses) au lieu d'une classe B entière. Et un réseau peut être découpé en sous-réseaux de la taille voulue, ce qui fera l'objet de la fiche sur le calcul de sous-réseaux.

« Classe C » ne veut plus dire grand-chose

On entend souvent « un réseau de classe C » pour parler d'un réseau en /24. C'est un abus de langage : 10.1.1.0/24 est un réseau en /24, mais son adresse appartient à l'ancienne classe A. Dites plutôt « un /24 » : c'est plus court et c'est exact.

5. Ce qu'il reste des classes aujourd'hui

Les plages privées

Les adresses privées, utilisables librement dans un réseau local mais jamais sur internet, ont été définies en 1996 (RFC 1918). Il y en a une par classe :

Plage Notation CIDR Dans l'ancienne classe Usage courant
10.0.0.0 à 10.255.255.255 10.0.0.0/8 A Entreprises, grands réseaux
172.16.0.0 à 172.31.255.255 172.16.0.0/12 B Entreprises, réseaux de conteneurs Docker
192.168.0.0 à 192.168.255.255 192.168.0.0/16 C Box internet, réseaux domestiques

Astuce

La plage 172.16.0.0/12 s'arrête à 172.31.255.255. Une adresse en 172.32.x.x ou 172.15.x.x est une adresse publique.

Les plages spéciales

  • 127.0.0.0/8 : la boucle locale. 127.0.0.1 désigne toujours la machine elle-même (localhost).
  • 224.0.0.0/4 (l'ancienne classe D) : le multicast, utilisé par exemple par les protocoles de routage, la découverte d'appareils sur le réseau local ou la télévision par IP.
  • 240.0.0.0/4 (l'ancienne classe E) : toujours réservée. Seule 255.255.255.255 sert : c'est l'adresse de diffusion limitée au réseau local, utilisée notamment par une machine qui cherche un serveur DHCP.

6. Entraînez-vous

Pour chaque adresse, trouvez la classe et le masque par défaut. Les réponses sont dans les colonnes de droite.

Adresse Classe Masque par défaut Remarque
10.20.30.40 A /8 Adresse privée
172.20.5.1 B /16 Adresse privée
172.40.5.1 B /16 Adresse publique (hors de 172.16 à 172.31)
192.168.1.42 C /24 Adresse privée
200.1.2.3 C /24 Adresse publique
127.0.0.1 A /8 Boucle locale
230.0.0.5 D aucun Multicast

À retenir

  • La classe se lit sur le premier octet : A de 0 à 127, B de 128 à 191, C de 192 à 223, D (multicast) de 224 à 239, E (réservée) de 240 à 255.
  • Les classes imposaient trois tailles de réseau ; ce gaspillage a conduit au CIDR en 1993.
  • Aujourd'hui, la taille d'un réseau s'écrit avec le préfixe : /24, /23, /26… Préférez « un /24 » à « une classe C ».
  • Les plages privées 10.0.0.0/8, 172.16.0.0/12 et 192.168.0.0/16 sont un héritage direct des classes A, B et C.

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